La bijouterie "viking" mélange allègrement deux choses très différentes : des symboles
réellement portés à l'époque viking, retrouvés dans des tombes et gravés sur des pierres
runiques — et des motifs islandais bien plus tardifs, nés dans des grimoires de magie du
XVIIe au XIXe siècle, vendus aujourd'hui comme des reliques de l'âge viking. Les deux
catégories ont leur intérêt. Mais elles ne racontent pas la même histoire, et on préfère
vous dire laquelle est laquelle.
Attestés à l'époque viking
Retrouvés en contexte archéologique — tombes, pierres runiques, épaves — ou correspondant
à un système d'écriture réellement utilisé par les Vikings eux-mêmes.
Attesté
Mjölnir — le marteau de Thor
Époque viking · pendentif métallique
Le symbole le plus attesté de toute la période : plusieurs centaines de pendentifs
retrouvés à travers la Scandinavie, jusqu'aux îles Féroé et en Russie, dans des tombes
d'hommes comme de femmes. À partir du IXe siècle, le porter devient un geste de
fidélité aux anciens dieux — dont Thor, le dieu
du tonnerre — face à la christianisation forcée : la réponse païenne à la croix,
parfois forgée par les mêmes artisans que les crucifix chrétiens.
Attesté
Le Futhark — l'alphabet runique
Époque viking · système d'écriture
ᚠᚢᚦ
Contrairement aux autres symboles de cette page, ce n'est pas une image mais une
écriture : le Futhark ancien à 24 signes, puis le Futhark récent à 16 signes, utilisé
en Scandinavie à partir du VIIIe siècle — présenté en détail dans notre page sur le
vieux norrois. Ses trois premières runes — ᚠ ᚢ ᚦ
(F, U, Þ) — lui donnent d'ailleurs son nom. Une rune gravée sur un bijou n'est donc pas
un simple motif : c'est une lettre, parfois un mot entier, comme ce pendentif marteau
retrouvé au Danemark et gravé de l'inscription "Ceci est un marteau".
Attesté — nom moderne
Valknut — le nœud des guerriers tombés
VIIe–VIIIe siècle · pierres runiques du Gotland
Trois triangles entrelacés, gravés sur plusieurs pierres runiques suédoises — Stora
Hammars, Tängelgårda — et sculptés sur le mobilier funéraire du bateau d'Oseberg en
Norvège, toujours associé à des scènes liées à Odin
et aux guerriers morts au combat. Une précision utile : le nom "Valknut" lui-même
n'existe pas en vieux norrois — c'est un terme forgé au XXe siècle par des chercheurs
pour désigner ce motif, dont la signification exacte reste débattue.
Postérieurs, souvent vendus comme "vikings"
Nés dans des grimoires magiques islandais bien après la fin de l'âge viking (793–1066).
Ça ne les rend pas moins réels comme tradition — mais ce n'est pas la même histoire.
Postérieur — 1860
Vegvísir — la "boussole viking"
Manuscrit Huld, Islande, 1860
Sa toute première apparition connue se trouve dans le manuscrit islandais Huld,
compilé par Geir Vigfússon en 1860 à Akureyri — près de 800 ans après la fin de
l'époque viking. Aucune pierre runique, aucune broche, aucun objet funéraire de l'âge
viking ne le porte. C'est un galdrastafur, un signe magique de la tradition
islandaise plus tardive, censé empêcher son porteur de se perdre "dans les tempêtes et
le mauvais temps". Sa popularité actuelle doit beaucoup à un tatouage de la chanteuse
islandaise Björk dans les années 1990.
Cas mixte
Ægishjálmur — le heaume de la terreur
Nom ancien, glyphe tardif (XVIIe–XIXe siècle)
Un cas plus subtil que le Vegvísir. Le nom est réellement ancien : dans le
Fáfnismál de l'Edda poétique, l'ægishjálmr est l'objet magique que
porte le dragon Fáfnir pour terroriser ses ennemis. Mais le glyphe à huit branches
gravé aujourd'hui sur les bijoux vient de grimoires islandais bien plus tardifs — le
Galdrabók au XVIIe siècle, puis le manuscrit Huld au XIXe. Le concept est viking ; le
symbole graphique qu'on porte, non.
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